Samedi 11 octobre 2008
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Gens du voyage: pourquoi l'école? Nous reprenons ici les principaux arguments de voyageurs qui doutent de l'école, qui hésitent ou même refusent à leurs enfants l'entrée au collège, au lycée, aux
études supérieures. Ceci dit, nous rappelons ensuite que dans un monde qui change, l'étude devient un appui indispensable à l'émancipation collective des gens du voyage dans la dignité et
l'identité de chacun. L'école? L'enseignement de base mais aussi moyen et supérieur? Oui, i n d i s p e n s a b l e à leur devenir, au maintien de leur identité, et pour les croyants à leur mission
chrétienne . A/ Arguments ..contre. Aux yeux d'un nombre important de voyageurs, - l'école n'apparait jamais comme une famille mais presque comme une anti famille, où la discrimination à leur égard
est perçue comme chose courante, où l'on s'occupe d'individus-enfants réduits à n'être que des élèves ( pour les gens du voyage « la famille » est l'une des assises essentielles de leur
culture). - l'école entraîne leurs enfants hors de leurs lieux de vie, de leurs routes pour les « coïncer » vers un espace fermé (« derrière des barreaux » écrit
Bouglione) où ils sont réunis pour devenir autre chose que les enfants de leurs parents, de leurs copains itinérants comme eux. - l'école vise à la promotion individuelle, non seulement sans autrui
mais bien souvent au détriment d'autrui - celui qui monte obstrue l'échelle! - En école, on déclasse par le haut car ce n'est jamais collectivement qu'on avance. Or la culture « gitane »
admet mal le chacun pour soi, le pousse-toi de là que je m'y place, « la tête qui dépasse » ou une autorité qui tente de s'imposer au nom d'un diplôme ou d'un pouvoir qui ne prenne pas en
compte tout le groupe. - l'école vise au monopole d'un savoir livresque dans lequel leur expérience vécue n'est jamais prise en compte. Or, les jeunes du voyage, ont la certitude d'apprendre
beaucoup plus vite et de posséder un savoir expérimenté de la vie beaucoup plus significatif, au contact de leur monde du voyage que dans l'enceinte d'une école. - l'école vise à des connaissances
encyclopédiques, alors que les gens du voyage attendent surtout une utilisation immédiate du savoir lire, écrire et compter, assurés que leur « milieu » leur fournit des éléments de
culture complémentaires suffisants pour vivre en société et y gagner rapidement leur vie. - l'école exige une population stable - au minimum les mêmes élèves et les mêmes professeurs dans les mêmes
classes toute l'année - or il existe encore nombre de voyageurs réellement voyageurs (non sédentarisés ou semi sédentaires) dont les enfants changent d'écoles, de maîtres, de copains au gré des
déplacements. - les gens du voyage connaissent d'autres lieux éducatifs et culturels que l'école: chez soi (avec le CNED), et en complément pour certains dans les clubs de sport (boxe, aikido,
judo, foot), groupes musicaux, assemblées cultuelles, rencontres de groupes sur les lieux de travail (aires de vendanges, de cueillette..), sur les routes de pélerinages, etc. à quoi certains
ajoutent: la télévision et internet. B/ Arguments ... pour l'école et des études prolongées Ci-joints quelques arguments discutés avec des voyageurs. Ils soulignent la nécessité absolue pour les
jeunes voyageurs non seulement d'aller à l'école mais encore, pour certains d'entre eux, de poursuivre leurs études à un niveau supérieur pour mieux défendre les leurs. - l'argument de la loi:
l'école est obligatoire jusqu'à 16 ans. - le changement de modes de vie, la sédentarisation et semi sédentarisation s'amplifient. La fuite loin des villes et de leurs administrations, ou l'esquive
sont de moins en moins possible. Ce qui oblige à élargir au delà des habitudes du cercle familial restreint, les connaissances, les relations et les savoir faire. - autrefois le « service
militaire obligatoire » donnait à quelques gens du voyage analphabètes devenus adultes une seconde chance, une possibilité d'apprendre à lire et écrire; ceci n'existe plus. C'est dès l'enfance
qu'il leur faut maîtriser le livre et l'écrit. - les métiers traditionnels de gens du voyage sont de moins en moins ceux d'aujourd'hui: les nouveaux métiers qu'exerceront leurs enfants exigent une
possibilité de choix différents d'hier demandant un plus grand professionalisme qui s'acquiert au départ par des études et pour nombre de voyageurs par un enseignement technique approprié. -
l'impact de la télévision de consommation (et non d'instruction, de culture) et des média devient plus important près de jeunes du voyage que celui de leur famille; un équilibrage s'impose: l'école
et l'étude en fournissent d'indispensables outils. - le monde de l'écrit envahit toute démarche de citoyen: maternité, école, services de santé, registre de commerce, permis de conduire, factures
diverses, contrats, journaux.. La véritable « liberté » et l'émancipation collective de gens du voyage demandent non seulement de déchiffrer ces écrits mais de les comprendre vraiment. Un
des objectifs scolaire est de les y amener. - il ne s'agit plus seulement de déchiffrer un texte il faut également savoir en écrire. Aujourd'hui , l'écriture est une arme de défense et de combat
pour plus de dignité, de libertés; les gens du voyage doivent s'en saisir s'ils ne veulent pas disparaître ou se faire manipuler par n'importe qui. - il n'est qu'à regarder autour de soi pour voir
ce que doivent à l'école, à l'instruction, nombre de leaders et responsables d'associations de gens du voyage. Sans la formation de base acquise à l'école ils ne pourraient tenir face à des
partenaires « cultivés » qui risquent à tout moment de les manipuler pour les amener à leurs points de vue. Expérience de la vie et études permettent de préparer des « gens du voyage
experts» capables de défendre en tous lieux la juste cause des leurs, comme le font les ROMS actuellement à la Cour Européenne et dans divers pays. - pour les chrétiens n'oublions pas que Jésus a
suivi l'école de son village; sans doute est-il allé plus loin dans les études de son temps comme le laisse à penser son entrevue-discussion avec les docteurs de la loi à la synagogue, son passage
au désert (il y fréquenta sans doute les esséniens), sa connaissance des écritures le rendant à même de critiquer les interprétations des lettrés du Temple, ses prises de parole dans des synagogues
et dans diverses assemblées, etc. Suivre le Christ c'est aussi suivre son zèle à connaître et faire connaître. - pour les chrétiens s'ajoute un argument décisif : la Bible, les Evangiles sont des
« écrits », ce sont des livres qui demandent non seulement à être lus mais compris, étudiés. Comme le dit avec humour un écrivain, « Dieu a créé le monde puis se reposa...un peu
seulement.. car Il se hâta de créer le « livre » qui devait rectifier les mauvais usages de ce monde, par lui créé! » Pour un chrétien, « lire » en vérité la Bible demande
non seulement de savoir lire mais aussi contemplation et étude incessantes. - pour les chrétiens « missionnaires » pour ceux qui veulent transmettre le message de la foi par la parole
publique, il est important que leur discours ne se limite pas à l'oral, à la seule parole. Il leur faut également communiquer par écrit, être capable d'approfondir par l'étude des textes et des
méthodes qui font l'objet de recherches ou de controverses. Leur élan missionnaire en sera décuplé . Michel Fiévet. 10.10.08
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