Mercredi 19 novembre 2008 3 19 /11 /Nov /2008 08:26

Accueillir la parole des gens du voyage,

la comprendre, la rendre efficace.


Une originalité du monde des gens du voyage est d'être d'une invisibilité assourdissante. Nombre d'amis et de citoyens du tout venant que je rencontre ne savent pas que les gens du voyage vivent à leurs portes , ils n'en ont jamais vraiment rencontrés et cependant ils crient haut et fort n'en vouloir pas, tandis que la rumeur ne donne d'eux que l'image négative de leurs « problèmes » de « voyageurs ». Au point où je suis amené à penser que la « pauvreté » des gens du voyage n'est pas tellement une affaire de biens quantitatifs, qu'un problème de non représentation, de fausse représentation. Ils ne sont ni écoutés ni entendus. Exclus de la scène publique, ils sont pratiquement exclus des relations de tout citoyen ordinaire; ils n'ont pas part à la négociation et à la décision des problèmes les concernant comme on le voit souvent dans les cas très concrets d'insertion (ou de non-insertion) sociale urbaine, de voisinage, d'habitat, de scolarisation, d'aires d'accueil, de terrains familiaux, etc. dans lesquels ils sont constamment mis devant le fait accompli.

A ce constat de dévalorisation citoyenne des gens du voyage comment porter remède? En dehors de toute violence ou de toute exclusion il est, me semble-t-il, plusieurs voies incontournables et à la portée de chacun:

1- celle de l'accueil-écoute d'une parole comme celle de la « dame du voyage » qui s'exprime de temps à autre dans votre journal. « L'accueil-écoute » consiste à entendre cette parole sans la réduire à un catalogue de plaintes ou de besoins . La parole de gens du voyage est à prendre comme celle d'un semblable, comme la vôtre ou la mienne, non comme celle d'un inférieur ou d'un exclu. Nombre d'associations travaillent en ce sens. Pourquoi pas vous, lecteur de ce journal?

2- De l'accueil-écoute il est évidemment souhaitable de passer à la réflexion comme l'y incite parfois la tribune de « Idées-débats » de votre journal. Certes la parole de gens du voyage n'a rien d'un essai théorique; elle se réduit souvent à une requête, une « complainte » ou un cri face à l'injustice. Elle est parfois aussi une histoire de vie. Elle s'établit sur une expérience directe, subjective, au premier degré et sur un fonds d'idées courantes de liberté, d'égalité, de fraternité. A vous qui l'écoutez de respecter l'interlocuteur en déchiffrant son message, (les dessous de cartes!) sans rejet, sans mépris ou condescendance. A vous de croiser votre savoir à ce type de parole pour en faire une parole sociale, construite, donnée à comprendre à votre entourage et aux décideurs de tous ordres.

3- Du déchiffrage de la parole on passe à la parole politique; elle s'énonce avec d'autres au niveau de votre quartier, de vos associations, de votre cité, de votre région. Le débat d'idées donne alors sur un agir collectif allant de la négociation à l'élaboration d'une décision commune dans une perspective de transformation sociale de liberté et d'égalité fraternelles. Avouez que très souvent nous en sommes bien loin.

Si au moins vous, gens du voyage et vous qui ne l'êtes pas, commenciez cette fois, pour de bon, à écouter...vous verriez que tout malgré d'inévitables tensions s'enchaînera pour une meilleure co-existence des uns et des autres.

Michel Fiévet, rédacteur du « NIGLO » , revue de gens du voyage d'Ile de France.

Par Michel Fiévet
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Samedi 11 octobre 2008 6 11 /10 /Oct /2008 09:38
Gens du voyage: pourquoi l'école? Nous reprenons ici les principaux arguments de voyageurs qui doutent de l'école, qui hésitent ou même refusent à leurs enfants l'entrée au collège, au lycée, aux études supérieures. Ceci dit, nous rappelons ensuite que dans un monde qui change, l'étude devient un appui indispensable à l'émancipation collective des gens du voyage dans la dignité et l'identité de chacun. L'école? L'enseignement de base mais aussi moyen et supérieur? Oui, i n d i s p e n s a b l e à leur devenir, au maintien de leur identité, et pour les croyants à leur mission chrétienne . A/ Arguments ..contre. Aux yeux d'un nombre important de voyageurs, - l'école n'apparait jamais comme une famille mais presque comme une anti famille, où la discrimination à leur égard est perçue comme chose courante, où l'on s'occupe d'individus-enfants réduits à n'être que des élèves ( pour les gens du voyage « la famille » est l'une des assises essentielles de leur culture). - l'école entraîne leurs enfants hors de leurs lieux de vie, de leurs routes pour les « coïncer » vers un espace fermé (« derrière des  barreaux » écrit Bouglione) où ils sont réunis pour devenir autre chose que les enfants de leurs parents, de leurs copains itinérants comme eux. - l'école vise à la promotion individuelle, non seulement sans autrui mais bien souvent au détriment d'autrui - celui qui monte obstrue l'échelle! - En école, on déclasse par le haut car ce n'est jamais collectivement qu'on avance. Or la culture « gitane » admet mal le chacun pour soi, le pousse-toi de là que je m'y place, « la tête qui dépasse » ou une autorité qui tente de s'imposer au nom d'un diplôme ou d'un pouvoir qui ne prenne pas en compte tout le groupe. - l'école vise au monopole d'un savoir livresque dans lequel leur expérience vécue n'est jamais prise en compte. Or, les jeunes du voyage, ont la certitude d'apprendre beaucoup plus vite et de posséder un savoir expérimenté de la vie beaucoup plus significatif, au contact de leur monde du voyage que dans l'enceinte d'une école. - l'école vise à des connaissances encyclopédiques, alors que les gens du voyage attendent surtout une utilisation immédiate du savoir lire, écrire et compter, assurés que leur « milieu » leur fournit des éléments de culture complémentaires suffisants pour vivre en société et y gagner rapidement leur vie. - l'école exige une population stable - au minimum les mêmes élèves et les mêmes professeurs dans les mêmes classes toute l'année - or il existe encore nombre de voyageurs réellement voyageurs (non sédentarisés ou semi sédentaires) dont les enfants changent d'écoles, de maîtres, de copains au gré des déplacements. - les gens du voyage connaissent d'autres lieux éducatifs et culturels que l'école: chez soi (avec le CNED), et en complément pour certains dans les clubs de sport (boxe, aikido, judo, foot), groupes musicaux, assemblées cultuelles, rencontres de groupes sur les lieux de travail (aires de vendanges, de cueillette..), sur les routes de pélerinages, etc. à quoi certains ajoutent: la télévision et internet. B/ Arguments ... pour l'école et des études prolongées Ci-joints quelques arguments discutés avec des voyageurs. Ils soulignent la nécessité absolue pour les jeunes voyageurs non seulement d'aller à l'école mais encore, pour certains d'entre eux, de poursuivre leurs études à un niveau supérieur pour mieux défendre les leurs. - l'argument de la loi: l'école est obligatoire jusqu'à 16 ans. - le changement de modes de vie, la sédentarisation et semi sédentarisation s'amplifient. La fuite loin des villes et de leurs administrations, ou l'esquive sont de moins en moins possible. Ce qui oblige à élargir au delà des habitudes du cercle familial restreint, les connaissances, les relations et les savoir faire. - autrefois le « service militaire obligatoire » donnait à quelques gens du voyage analphabètes devenus adultes une seconde chance, une possibilité d'apprendre à lire et écrire; ceci n'existe plus. C'est dès l'enfance qu'il leur faut maîtriser le livre et l'écrit. - les métiers traditionnels de gens du voyage sont de moins en moins ceux d'aujourd'hui: les nouveaux métiers qu'exerceront leurs enfants exigent une possibilité de choix différents d'hier demandant un plus grand professionalisme qui s'acquiert au départ par des études et pour nombre de voyageurs par un enseignement technique approprié. - l'impact de la télévision de consommation (et non d'instruction, de culture) et des média devient plus important près de jeunes du voyage que celui de leur famille; un équilibrage s'impose: l'école et l'étude en fournissent d'indispensables outils. - le monde de l'écrit envahit toute démarche de citoyen: maternité, école, services de santé, registre de commerce, permis de conduire, factures diverses, contrats, journaux.. La véritable « liberté » et l'émancipation collective de gens du voyage demandent non seulement de déchiffrer ces écrits mais de les comprendre vraiment. Un des objectifs scolaire est de les y amener. - il ne s'agit plus seulement de déchiffrer un texte il faut également savoir en écrire. Aujourd'hui , l'écriture est une arme de défense et de combat pour plus de dignité, de libertés; les gens du voyage doivent s'en saisir s'ils ne veulent pas disparaître ou se faire manipuler par n'importe qui. - il n'est qu'à regarder autour de soi pour voir ce que doivent à l'école, à l'instruction, nombre de leaders et responsables d'associations de gens du voyage. Sans la formation de base acquise à l'école ils ne pourraient tenir face à des partenaires « cultivés » qui risquent à tout moment de les manipuler pour les amener à leurs points de vue. Expérience de la vie et études permettent de préparer des « gens du voyage experts» capables de défendre en tous lieux la juste cause des leurs, comme le font les ROMS actuellement à la Cour Européenne et dans divers pays. - pour les chrétiens n'oublions pas que Jésus a suivi l'école de son village; sans doute est-il allé plus loin dans les études de son temps comme le laisse à penser son entrevue-discussion avec les docteurs de la loi à la synagogue, son passage au désert (il y fréquenta sans doute les esséniens), sa connaissance des écritures le rendant à même de critiquer les interprétations des lettrés du Temple, ses prises de parole dans des synagogues et dans diverses assemblées, etc. Suivre le Christ c'est aussi suivre son zèle à connaître et faire connaître. - pour les chrétiens s'ajoute un argument décisif : la Bible, les Evangiles sont des « écrits », ce sont des livres qui demandent non seulement à être lus mais compris, étudiés. Comme le dit avec humour un écrivain, « Dieu a créé le monde puis se reposa...un peu seulement.. car Il se hâta de créer le « livre » qui devait rectifier les mauvais usages de ce monde, par lui créé! » Pour un chrétien, « lire » en vérité la Bible demande non seulement de savoir lire mais aussi contemplation et étude incessantes. - pour les chrétiens « missionnaires » pour ceux qui veulent transmettre le message de la foi par la parole publique, il est important que leur discours ne se limite pas à l'oral, à la seule parole. Il leur faut également communiquer par écrit, être capable d'approfondir par l'étude des textes et des méthodes qui font l'objet de recherches ou de controverses. Leur élan missionnaire en sera décuplé . Michel Fiévet. 10.10.08
Par Michel Fiévet
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Mardi 26 février 2008 2 26 /02 /Fév /2008 09:02

Décès/ Statistiques

Sur les 36 décès enregistrés en 2007 par le Niglo (revue des gens du voyage catholiques d'Ile de France)

* l'espérance de vie est de 57 ans et deux mois

* Sur les 36 décès enregistrés: 6 sont morts accidentellement.

A partir de tels chiffres peut-on dire que les gens du voyage sont des « Français »  à part entière ?

Par Michel Fiévet
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Vendredi 14 décembre 2007 5 14 /12 /Déc /2007 16:44

Gens du voyage: un drame prévisible.

 

Mouroux. Seine et Marne. Deux enfants du voyage âgées de 12 et 6 ans - Brenda et Laure- meurent dans l'incendie de leur baraquement.

Hier et aujourd'hui!


Hiver 1954, le parlement vient de refuser de voter les crédits d'urgence de l'habitat. Presque au même moment, un bébé meurt de froid dans un camion/habitat provisoire de la banlieue! L'abbé Pierre indigné et solidaire du plus pauvre lance son appel sur Radio Luxembourg: « mes amis, au secours, un bébé est mort de froid cette nuit... ». L'électrochoc est immédiat, les dons affluent par millions et l'Etat débloque soudainement un miliard pour la construction de logements populaires.


Hiver 2007 le budget pour 2008 vient d'être voté, aucun crédit supplémentaire n'est prévu pour le logement des gens du voyage dont la ministre vient de déclarer qu'en termes de logement ils sont parmi les plus exclus des Français après les SDF. Deux semaines plus tard, deux fillettes 6 ans , 12 ans, des Françaises du voyage, meurent carbonisées dans le feu de leur baraque « provisoire » qui, par inertie communale, n'a ni eau ni électricité.

Nul électrochoc: l'Etat et les media sont accaparés par les violences de Villiers le Bel...et les gens du voyage qui ne brûlent ni voitures ni bibliothèque...sont tellement silencieux!

Abbé Pierre! Au secours!



Par Michel Fiévet - Publié dans : gitanie77
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Mercredi 12 décembre 2007 3 12 /12 /Déc /2007 22:01

Les Gens du Voyage préparent Noël et vous invitent à leur « crèche vivante »



En préparation de Noël , ce 9 décembre près de 200 « Gens du voyage », de Seine et Marne et de secteurs d'Ile de France, ont entamé leur pèlerinage annuel à la  « Médaille  miraculeuse »,rue du Bac (Paris)  première grande étape à la fête de Noël. . « Pèleriner » est pour eux une façon de prier, de  « vivre en Eglise ». Au cours des mois et des saisons ils rejoindront Sainte Aubierge, Lisieux, Paray le Monial, Ars, le Mont Saint Michel, les Saintes Maries de la Mer, Lourdes, etc. ils sont « l'Église en marche! »

Le pèlerinage fait l'essentiel de la liturgie et de l' initiation chrétienne des Gens du voyage; minutieusement préparé, il s'organise le plus souvent en d'imposantes théories de caravanes .

Comme dans tout pèlerinage, l'ascèse est au rendez-vous: inconnu des routes, de l'accueil ou du rejet, du climat. Divers stationnements sur des aires de grands passages leur permettent de reprendre connaissance avec les leurs disséminés dans toute la France, d'assurer un petit commerce local pour subvenir à leurs besoins essentiels, de vivre ensemble dans une ambiance chaleureuse. Depuis cette année une « Tente de la Rencontre », (chapiteau itinérant), leur sert aussi de lieu de prière idéal. Les rencontres avec les paroissiens, les veillées et temps de prière sont organisés et animés par des voyageurs catholiques aidés par des aumôniers.

Ce 9 décembre 2007, dans la chapelle de la Médaille Miraculeuse, les Gens du voyage se sont donc retrouvés « chez eux »; ils se sont rassemblés sans complexe dans la prière, la contemplation, le partage de la Parole de Dieu lue et commentée par eux. Musique et chants, interventions spontanées, prostrations diverses devant l'autel et les reliques, font une toile de fond impressionnante. La Messe peut commencer, elle est dédiée cette fois à la Sainte Famille, en raison de l'attachement extraordinaire, quasi identitaire, qu'ont les Gens du voyage à leur « clan » familial.

Pour l'offertoire, chaque famille a inscrit le nom des siens sur des papiers collectés et déposés sur l'autel. Rien n'est figé, aucun temps mort. Un regret cependant: les heures sont comptées... alors que chez les Voyageurs le temps lorsqu'il est chaleureux n'est pas celui des horaires et de l'horloge! Qu'importe! la messe terminée, la rencontre se poursuit dans une grande salle commune rue de Sèvres. Temps de convivialité, de retrouvailles familiales ou amicales autour de gâteaux et de boissons. Le temps passe trop vite. Il pleut, il vente, les « Voyageurs » reprennent la route.

En Seine et Marne cette fois la prochaine grande étape pour Noël (avant de le fêter autour des caravanes) est la crèche vivante à Sainte Aubierge, lieu de pèlerinage traditionnel des gens du voyage du 77.

Tous, gens du voyage et gadjé (non voyageurs) sont invités le mercredi 19 décembre à 15 heures à la chapelle de Sainte Aubierge pour cette crèche vivante .Latcho drom!  « Bonne route » de Noël!


Michel Fiévet



Par Michel Fiévet - Publié dans : gitanie77
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